Jour 1

Tout l’équipage a pris place. Chacun se remémore la phase de préparation des derniers jours. On vérifie son équipement, le câblage, les batteries de sécurité. Miss Élise Chump exerce sa respiration en prévision des atmosphères extra-terrestres auxquelles l’élévation spatiale du vaisseau nous confrontera. Elle sera en effet en première ligne lors des sorties extravéhiculaires. Elle aura entre autres missions la charge d’établir le contact avec toute forme de vie susceptible d’entrer en résonance avec la voix humaine. Le commandement des frères Kastex est fluide, rodé, et laisse peu de place aux incidents de sécurité. Le pilotage est assuré par le lieutenant Pazzesco qui revérifie les coordonnées des destinations et s’assure de la suffisance des vivres pour le trajet. Monsieur Kay-Rell qui avait été en charge durant la phase préparatoire de valider la trésorerie de l’expédition jette un dernier coup d’œil à la comptabilité et se félicite de l’extraordinaire justesse de ses estimations des dépenses réputées imprévisibles. Je gagne la salle de contrôle le dernier. À bord, ma mission consistera à m’assurer qu’aucun membre de l’équipage ne soit totalement pris par la folie de l’espace, le « mal des étoiles » comme on dit parfois. Pourtant, c’est cette folle musique que chacun est venue secrètement écouter : l’immense grondement sourd du corps humain projeté dans l’immensité féconde de l’univers. Charge donc au Dr. Gomboc, que chacun puisse s’y frotter un peu, sans y sombrer pourtant. Ulysse n’avait-il pas été entravé par son équipage en sorte de pouvoir entendre le chant mortel des Sirènes sans s’y noyer totalement ? Tandis que le vaisseau avait passé le cap où chantaient les Sirènes, leur musique devenait toujours plus grave. L’équipage en charge de la navigation est particulièrement attentif dans l’orientation du vaisseau au puissant effet « Dopler-Mary » qui modifie la musique à mesure que varie la distance affective entre l’auditeur et la source sonore.

Depuis le quatrième hublot du TLR-001, notre vaisseau, nous voyons le Professeur Jay Dun avec lequel nous serons en contact permanent. Il sera ainsi notre seul lien avec la Terre mère, notre seul recours face aux coups du sort et dans la tempête. Nous maintiendrons avec lui un contact permanent tandis que nous remettons entre ses mains la réussite de l’expédition. Cher Professeur, depuis vos coulisses, vous œuvrez dès le début et sachez bien que nous penserons à vous lorsque nous foulerons le sol de notre première destination.

Notre mission est une expédition de sauvetage et d’exploration. Voilà un siècle ou deux que notre collègue soviétique, Laïka, fut envoyée dans les étoiles. Si aujourd’hui, on n’a plus guère espoir, sur Terre, de la retrouver saine et vive, l’équipage du TLR-001 fonde néanmoins son bel espoir de la retrouver, sur la découverte récente d’une bouteille lancée dans l’espace par quelque mammifère perdu.

Fin du communiqué.

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